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À deux ans, Joyce portait encore les stigmates invisibles de l’innocence absolue. Insouciante, pleine de vie, elle ne comprend pas pourquoi son petit corps la fait souffrir. Au Cameroun et dans sa diaspora, un peuple entier est paralysé par l’horreur. Mais pendant que certains invoquent un « acte spirituel », la réalité est plus crue : un acte criminel. L’enquête devra reconstituer le trajet entre l’école et le domicile. Seule cette reconstitution déterminera ce qui s’est réellement passé. Voici ce qu’il faut comprendre.





Un silence qui étouffe la raison

L’affaire Joyce, 2 ans, a éclaté comme un coup de poing dans le ventre d’une nation déjà meurtrie. Les faits, encore flous pour beaucoup, n’en demeurent pas moins d’une gravité absolue : la petite fille a été victime d’une agression sexuelle. Mais là où l’émotion cède parfois place à la sidération, des voix tentent de détourner le débat vers des explications ésotériques. « C’est un sort », « une attaque spirituelle », souffle-t-on dans certains cercles. Une lecture commode, mais qui évacue l’essentiel : un crime a été commis par un être humain, pas par un esprit.

« Est-ce qu’à deux ans, l’enfant est conscient de ce qu’elle a subi ? »

Cette question, légitime, traverse l’esprit de tous. La réponse des psychologues est claire : à deux ans, un enfant ne possède pas la maturité cognitive pour nommer ou conceptualiser une agression sexuelle. Joyce ne peut pas savoir qu’elle a été violée. Elle ne peut pas « témoigner » comme un adulte. Mais elle garde dans son corps, dans ses pleurs inexplicables, dans ses cauchemars soudains, la mémoire traumatique d’une violation. Son insouciance n’est pas une protection ; c’est le signe le plus cruel de sa vulnérabilité. Elle ne saura peut-être jamais ce qui lui est arrivé, mais son psychisme en portera les stigmates à vie.

Trajet école-domicile : la clé de l’enquête

Si la justice veut honorer sa mission, elle doit remonter le fil. Que s’est-il passé entre le moment où Joyce a quitté son école maternelle et celui où elle est rentrée à la maison, le corps meurtri ? Les minutes manquantes, le détour inhabituel, l’adulte de confiance – ou l’inconnu – qui a croisé sa route. Le trajet école-domicile est une ligne de temps judiciaire. Chaque témoin, chaque caméra de rue, chaque enseignant doit être entendu. C’est là, dans ces quelques centaines de mètres, que se cache la vérité.

Exclure le « spirituel » pour ne garder que le criminel

Appeler à exclure une lecture spirituelle n’est pas un acte d’irréligion. C’est un acte de lucidité. Dans un pays où la sorcellerie est trop souvent convoquée pour expliquer l’inexplicable, ce réflexe dessert les victimes. Il disperse les enquêtes, noie les responsabilités et protège souvent les coupables. Non, ce n’est pas un démon qui a agressé Joyce. C’est un homme. Un voisin, un parent, un enseignant, un inconnu. Tant que la société camerounaise et sa diaspora accepteront l’échappatoire mystique, les vrais criminels resteront libres.

Une nation paralysée, une diaspora en colère

Sur les réseaux sociaux et dans les salons de Yaoundé à Paris, New York, Bruxelles  ou Douala, le même sentiment domine : l’indignation mêlée à l’impuissance. Comment protéger nos enfants quand on préfère nommer un « mauvais sort » plutôt qu’arrêter un agresseur ? Joyce, par son âge, incarne l’horreur absolue : celle qui ne peut même pas être racontée par sa victime. C’est à nous, adultes, de parler pour elle.

En attendant l’enquête…

L’enquête dira – si elle est menée sérieusement – qui a posé la main sur Joyce. En attendant, une seule chose est certaine : il n’y a pas de spirituel dans cette histoire. Il y a un prédateur. Il y a une enfant brisée. Il y a une société qui doit cesser de se voiler le visage. Le Cameroun ne pourra se relever de ce genre d’affaires qu’en acceptant la vérité, aussi crue soit-elle. Et la vérité, ici, s’appelle un crime. Rien d’autre.

En soutien à Joyce, et à toutes les petites Joyce silencieuses du Cameroun et du monde

Ce n’était pas une dédicace comme les autres. Il y avait dans l’air comme un souffle d’histoire, une reconnaissance silencieuse, et ce quelque chose de rare qui transforme un simple moment d’écriture en véritable cérémonie des liens.

 

Devant plusieurs invités – compagnons d’étude, collègues de travail, amis fidèles et Camerounais qui ont croisé la route de l’homme – le docteur André Honba, affectueusement appelé « l’Homme », a présenté son autobiographie. Un livre qui n’est pas seulement le récit d’un parcours, mais un pont vivant entre le Cameroun et la Belgique.

 

Dès l’ouverture de la cérémonie, une attention particulière a été portée au protocole. Par respect pour les deux nations qui ont façonné l’homme qu’il est devenu, les hymnes nationaux du Cameroun et de la Belgique ont retenti, dans une même ferveur. Un symbole fort : celui d’un fils de Nfoudi-Assi devenu citoyen du monde, sans jamais renier aucune de ses terres.

 

Un livre pour construire la jeunesse

 

Le titre ne trompe pas : « Itinéraire d’une vie ici et là-bas » – ici, la Belgique, terre d’accueil et de conquête intellectuelle ; là-bas, le Cameroun natal, quartier populaire de Yaoundé, mémoire vive et horizon constant. L’ouvrage, plus qu’une simple autobiographie, se veut un outil pédagogique, une boussole destinée à la jeunesse camerounaise de la diaspora et du pays.

 

André Honba ne raconte pas sa vie pour la gloire, mais pour transmettre. Pour dire à ceux qui viennent : oui, l’école est un passeport. Oui, on peut partir, réussir, et choisir de revenir, au moins par l’esprit et par l’action.

 

Des larmes et des honneurs

 

La cérémonie n’a pas manqué d’émotion. Plusieurs témoignages, tour à tour poignants et chaleureux, ont saisi l’assistance. Des voix qui rappelaient ce que l’Homme a semé, discrètement, pendant des années : des conseils, des soutiens, des gestes fraternels.

 

À plusieurs reprises, le docteur Honba, ému, a laissé couler une larme. Non par faiblesse, mais par attachement viscéral à ses compatriotes. Pour certains présents, c’était une découverte : derrière le médecin, le chercheur, l’écrivain, se cache un homme profondément social, dévoué aux autres.

 

Il a reçu, ce jour-là, les honneurs mérités d’un travail social accompli dans l’ombre. Une reconnaissance discrète mais sincère, à l’image de son parcours.

 

Une plume à découvrir, une œuvre nécessaire

 

« Itinéraire d’une vie ici et là-bas » n’est pas un livre de plus. C’est une plume à découvrir, une œuvre pédagogique, un testament vivant adressé à la jeunesse camerounaise. Une invitation à croire en l’école, en l’effort, et en la force des liens qui unissent les deux rives de l’Atlantique.

 

Comme il le rappelle lui-même, dans un sourire : « C’est grâce à l’école que je suis arrivé. À mon tour de tendre l’échelle. »

Guy EKWALLA

 

BelgoCam21 vous recommande chaleureusement cette lecture.

 

 

Infos pratiques :

Ouvrage disponible sur commande – Contact via les réseaux sociaux du docteur André Honba.

 

 





Samedi 16 mai, le prestigieux Cirque Royal de Bruxelles a vibré au son des mélodies envoûtantes de Charlotte Dipanda. Une soirée mémorable où la diva a transporté le public bien au-delà des frontières belges, portée par l’énergie survoltée de Fadila le Sorcier. Retour sur un événement qui restera gravé dans les mémoires.

Une mise en bouche explosive : Fadila le Sorcier enlève les rideaux

Avant même que Charlotte Dipanda n’entre en scène, l’ambiance était déjà à son comble. En première partie, Fadila le Sorcier a littéralement « enlevé les rideaux », comme l’ont si bien résumé les spectateurs. Son énergie scénique, son humour décalé et ses transitions magiques ont chauffé la salle à blanc. Loin d’être un simple faire-valoir, l’artiste a imposé son univers unique, mêlant percussions endiablées et interventions chorégraphiées. Un véritable électrochoc qui a préparé le terrain pour l’entrée de la reine de la nuit.

Charlotte Dipanda : une voix, des frissons, un voyage

À 20 heures précises, les lumières s’éteignent. Une respiration collective. Puis, silhouette élancée, sourire lumineux, Charlotte Dipanda apparaît. Ce soir-là, la diva camerounaise ne se contente pas de chanter : elle raconte, elle embrasse, elle fait voyager. Dès les premières notes de Muna, le public est happé. Les mélodies, tantôt douces comme une berceuse, tantôt puissantes comme une déclaration, traversent les âges et les frontières.

Accompagnée de ses musiciens – tous impeccables –, la chanteuse alterne les classiques (Un jour de plus, L’Or) et des titres plus récents. Sa voix, chaude et maîtrisée, rebondit sur les murs majestueux du Cirque Royal, transformant la vénérable salle bruxelloise en case musicale au cœur du Cameroun. Le public ? Conquis, ému, parfois en larmes. Sur les gradins, on se lève, on lève les bras, on reprend les chœurs en langue locale. La communion est totale.

Un défi relevé par les organisateurs 4UNITY PRODUCTION : faire vivre la culture camerounaise en Belgique

L’événement ne devait rien au hasard. En investissant une salle aussi emblématique que le Cirque Royal, les organisateurs ont pris un risque calculé. Pari réussi. Interrogés en coulisses, ils ont confié leur volonté de « poursuivre dans cette lancée » , avec l’ambition affichée de faire rayonner la culture camerounaise dans des lieux prestigieux à travers toute l’Europe. « Nous voulons montrer que la musique africaine a toute sa place dans les plus belles scènes du continent », expliquait Claudia ESSAMBO

Ce samedi 16 mai restera comme un tournant. Parce qu’il ne s’agissait pas seulement d’un concert, mais d’une déclaration d’amour à la richesse culturelle camerounaise. Et parce que Charlotte Dipanda, humble et grandiose à la fois, a su rappeler que la musique, quand elle est sincère, n’a ni frontière ni langue.

Le public comblé : « On a voyagé sans quitter Bruxelles »

À la sortie de la salle, les visages sont radieux. Un spectateur résume l’émotion générale : « Elle nous a fait voyager, tout simplement. On a quitté Bruxelles pour Douala, le temps d’une chanson. » D’autres saluent la prestation de Fadila le Sorcier, véritable révélation de la soirée. Les organisateurs peuvent être fiers : ils ont offert au public belge une escapade culturelle hors du commun.

Ce qu’il faut retenir

· Un duo d’artistes complémentaires : Fadila le Sorcier a chauffé la salle, Charlotte Dipanda l’a emportée vers l’émotion pure.
· Un lieu prestigieux : le Cirque Royal, cadre idéal pour célébrer la musique camerounaise en Belgique.
· Un pari gagnant : les organisateurs relèvent le défi et promettent déjà de prochaines dates.
· Un public aux anges : transporté, conquis, prêt à revivre l’expérience.

Guy EKWALLA


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Du 15 au 18 avril 2026, le Cameroun a vécu au rythme de la première visite africaine de Léon XIV. Devant des foules immenses, à Yaoundé, à Bamenda puis à Douala, le pape américain a mêlé la douceur de l’évangile à la fermeté de la parole prophétique. Il a appelé à briser les chaînes de la corruption, élevé les femmes et les jeunes comme piliers de la paix, et fustigé « une poignée de tyrans » qui ravagent le monde. Retour sur un voyage apostolique qui a marqué les esprits et réveillé les consciences.



Une arrivée sous le signe de l’espérance

Mercredi 15 avril, l’avion papal se pose à l’aéroport de Yaoundé‑Nsimalen. Dès sa descente, Léon XIV est accueilli par une foule en liesse, des chants, des danses et le son des vuvuzelas. « C’est avec une joie immense que je vous accueille, à l’occasion de cette visite historique », lui lance le président Paul Biya, doyen mondial des chefs d’État. Mais le ton est donné dès la première prise de parole au Palais de l’Unité : le pape ne vient pas seulement pour une cérémonie protocolaire.

Devant les autorités, la société civile et le corps diplomatique, Léon XIV exhorte le gouvernement à « briser les chaînes de la corruption » et à « résister aux caprices des riches et des puissants ». Il insiste sur la nécessité d’intégrer les femmes, les jeunes et la société civile dans les processus de décision. « Leur voix doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels », martèle‑t‑il, qualifiant les femmes de « bâtisseuses infatigables de paix ». Quant aux jeunes, il les décrit comme « l’espérance du Cameroun et de l’Église ».

Bamenda : au cœur de la souffrance, un cri pour la paix

Le jeudi 16 avril, la visite prend un tour plus dramatique. Léon XIV se rend à Bamenda, épicentre du conflit séparatiste anglophone qui a déjà fait plus de 6 000 morts et des centaines de milliers de déplacés. Dans la cathédrale Saint‑Joseph, bondée, le pape abandonne sa retenue habituelle.

« Les maîtres de la guerre prétendent ne pas savoir qu’il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas à reconstruire », lance‑t‑il, sous les acclamations. Puis, d’une voix plus grave : « Je déplore un monde ravagé par les maîtres de la guerre et par une poignée de tyrans ». Il dénonce ceux qui « dépouillent votre terre de ses ressources » pour investir dans les armes, perpétuant « une spirale de déstabilisation et de mort sans fin ».

Mais le souverain pontife ne s’arrête pas là. Il fustige l’instrumentalisation de la religion : « Malheur à ceux qui manipulent la religion et jusqu’au nom même de Dieu pour leur propre profit militaire, économique et politique, entraînant ce qui est sacré dans l’obscurité et la souillure ». Et d’ajouter : « C’est un monde sens dessus dessous, une exploitation de la création de Dieu qui doit être dénoncée et rejetée par toute conscience honnête ».

Douala : une messe géante pour la réconciliation

Le vendredi 17 avril, c’est Douala, la capitale économique, qui accueille le pape. Plus d’un million de fidèles sont attendus sur l’esplanade du stade Japoma. Devant cette marée humaine, Léon XIV célèbre une messe en plein air placée sous le signe de la paix et de la réconciliation. Il exhorte les Camerounais à « mettre un effort dans la réconciliation » et appelle au respect des droits humains, rappelant que « la force doit servir la paix et la réconciliation, non brimer les populations ».

Dans son homélie, le pape s’adresse particulièrement aux jeunes, les exhortant à refuser « toutes formes d’abus et de violences » et leur donnant en exemple le bienheureux Floribert du Congo, mort pour avoir refusé la corruption. Il leur confie l’avenir du pays, les appelant à devenir des artisans de paix.

Un bilan de paix et d’espérance

Le samedi 18 avril, avant de s’envoler pour l’Angola, Léon XIV livre un premier bilan de sa visite. À bord de l’avion, il confie aux journalistes : « La visite au Cameroun a été très significative car, à bien des égards, ce pays représente le cœur de l’Afrique ». Il se réjouit de la vitalité de l’Église locale et de la rencontre « très positive » avec des imams à Yaoundé, gage d’un dialogue interreligieux constructif.

Il tient aussi à clarifier ses prises de parole : « Il ne faut pas les interpréter comme une volonté de débattre à nouveau avec le président » américain, précise‑t‑il, rappelant que ses discours avaient été préparés bien avant les polémiques. Sa mission, insiste‑t‑il, est « avant tout pastorale » : encourager les fidèles, célébrer avec eux, et promouvoir la paix.

Une visite qui laisse des traces

Au terme de ces quatre jours, le Cameroun garde l’empreinte d’un pape qui n’a pas eu peur de parler vrai. De Yaoundé à Bamenda en passant par Douala, Léon XIV a su allier la tendresse du pasteur à la vigueur du prophète. Il a rappelé que la paix « ne doit pas être réduite à un slogan », qu’elle se construit par la justice, la transparence et l’inclusion. Et il a confié à la jeunesse et aux femmes, « bâtisseuses infatigables de paix », le soin de bâtir l’avenir.

Comme le résume une fidèle croisée à l’aéroport de Yaoundé : « Après sa visite, nous croyons que tout ira bien au Cameroun ». Un espoir que les paroles et l’engagement du pape Léon XIV ont contribué à faire germer.

Guy EKWALLA

Dans un contexte de recomposition politique et de tensions sociales persistantes, la visite annoncée du pape François au Cameroun suscite espoir et interrogations. Entre quête de stabilité institutionnelle et attentes spirituelles profondes, cette première venue pourrait-elle marquer un tournant décisif pour une nation en mutation ?

Le Cameroun traverse une phase charnière de son histoire contemporaine. Sur le plan politique, la récente désignation de nouvelles figures à la tête du Sénat et de l’Assemblée nationale traduit une volonté apparente de renouvellement institutionnel. Pourtant, derrière ces ajustements, les fractures demeurent : crise anglophone persistante dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, climat sécuritaire fragile face aux incursions de Boko Haram dans l’Extrême-Nord et défiance d’une partie de la population envers les institutions judiciaires.

C’est dans ce contexte complexe que s’inscrit la visite du souverain pontife. Au-delà de sa portée diplomatique, celle-ci revêt une dimension symbolique. L’Église catholique, historiquement influente au Cameroun, demeure une voix morale écoutée, notamment dans les périodes de crise. La présence du pape pourrait ainsi servir de catalyseur pour un apaisement national, en appelant au dialogue, à la réconciliation et à la justice.

Sur le plan spirituel, les attentes sont immenses. Pour de nombreux fidèles, cette visite dépasse le cadre protocolaire : elle incarne une espérance de guérison collective. Les victimes de la guerre du NOSO, les familles endeuillées par les violences terroristes, mais aussi les populations marginalisées ou oubliées, espèrent une reconnaissance de leur souffrance. Dans les prisons camerounaises, où certains détenus croupissent depuis des années sans jugement, la question de la dignité humaine reste centrale. Le cas de Jean-Pierre Amougou Belinga, mécène de l’Église et figure controversée, illustre ces tensions entre justice, pouvoir et perception publique.

La visite papale pourrait-elle infléchir ces dynamiques ? Si le Vatican n’intervient pas directement dans les affaires judiciaires, la parole du pape, elle, porte. Un appel explicite au respect des droits humains, à une justice équitable et à la compassion envers les plus vulnérables pourrait résonner bien au-delà des cercles religieux.

Reste enfin la dimension symbolique ultime : celle de la bénédiction. Dans un pays où la foi chrétienne structure profondément les imaginaires collectifs, le geste du pape levant la main pour bénir le Cameroun pourrait être perçu comme un signe de délivrance. Mais cette délivrance, pour être effective, devra s’accompagner d’actes concrets des autorités politiques et sociales.

Ainsi, plus qu’une simple visite, l’arrivée du pape s’annonce comme une épreuve de vérité : celle de savoir si la foi peut encore éclairer le chemin d’une nation en quête de justice, de paix et de renouveau.

 

Guy EKWALLA

 Alors que les audiences se poursuivent au Tribunal militaire de Yaoundé dans l’affaire Martinez Zogo, les débats mettent progressivement en lumière plusieurs zones d’ombre dans l’accusation visant Jean-Pierre Amougou Belinga. Entre l’absence répétée de son nom dans de nombreux témoignages et le manque d’éléments incriminants dans les écoutes téléphoniques, l’homme d’affaires semble, à ce stade du procès, apparaître de plus en plus éloigné de la commission du crime.



Une audience révélatrice au Tribunal militaire

L’audience du lundi 9 mars 2026 a été marquée par l’audition du commissaire de police Charlotte Angwei Mbah, ancien commandant du Groupement de recherche opérationnelle (GRO) à la DGRE au moment des faits. Citée comme témoin par le commissaire du gouvernement, elle a été soumise à une série de questions lors de la cross-examination menée par Jean-Pierre Amougou Belinga, principal accusé et président du groupe L’Anecdote.

Face au tribunal, l’homme d’affaires a choisi une approche méthodique : interroger les relations entre certains acteurs clés du dossier, notamment autour des liens supposés entre Maxime Eko’o Eko’o, ancien patron de la DGRE, et Martin Savom.

Selon les éléments évoqués à la barre, l’une des épouses de l’ancien directeur général du renseignement, Violong Emmelienne, serait la sœur de Martin Savom. Une proximité familiale qui, pour Amougou Belinga, soulève des interrogations sur les dynamiques internes entre certains protagonistes de l’affaire.

L’argument des 25 témoins : un silence qui interroge

Mais c’est surtout un point central qui semble aujourd’hui fragiliser la thèse d’une implication directe de Jean-Pierre Amougou Belinga.

Au cours de la procédure, 25 témoins entendus dans l’enquête n’ont jamais évoqué son nom dans leurs déclarations. Aucun d’entre eux n’a présenté l’homme d’affaires comme commanditaire, organisateur ou acteur direct dans le processus ayant conduit à l’assassinat de Martinez Zogo.

Dans un procès pénal, une telle absence de désignation peut peser lourd dans l’appréciation des faits. Elle renforce, pour les observateurs, l’idée que la responsabilité de l’homme d’affaires ne ressort pas clairement des témoignages recueillis dans le dossier.

Des écoutes téléphoniques sans preuve directe

Autre élément soulevé par la défense : les écoutes téléphoniques attribuées à Jean-Pierre Amougou Belinga, largement diffusées au début de l’affaire.

À la barre, l’accusé a lui-même posé une question simple : si un complot avait réellement été organisé par lui, pourquoi ces écoutes n’ont-elles jamais mis en évidence une instruction, un ordre ou même une discussion explicite visant à préparer l’élimination de Martinez Zogo ?

Pour ses avocats comme pour plusieurs analystes judiciaires, l’absence de contenu clairement incriminant dans ces conversations renforce l’idée que le lien direct entre Amougou Belinga et l’assassinat reste, pour l’instant, difficile à établir.

Une stratégie de défense basée sur les faits

Depuis l’ouverture du procès, la ligne de défense du président du groupe L’Anecdote repose sur un argument simple : les faits du dossier ne démontrent pas son implication directe.

Plusieurs éléments alimentent cette position :
    •    l’absence de citation de son nom par de nombreux témoins ;
    •    le manque de preuves directes dans les communications interceptées ;
    •    l’existence de relations étroites entre d’autres protagonistes de l’affaire ;
    •    l’absence, jusqu’ici, d’un élément établissant clairement une chaîne de commandement le reliant au crime.

Autant de points qui contribuent à renforcer l’impression que Jean-Pierre Amougou Belinga pourrait avoir été placé au cœur du dossier sans que des preuves décisives ne viennent, pour l’instant, étayer cette responsabilité.

Une sortie remarquée à la barre

Dans un moment qui a marqué l’audience, l’homme d’affaires a lâché une phrase devenue virale dans la salle :

« Ce n’est qu’au Cameroun que les tables-bancs donnent des cours aux menuisiers. »

Une manière pour lui de dénoncer ce qu’il considère comme une inversion des rôles dans l’interprétation des faits.

Un procès encore loin de son verdict

L’audience, ouverte aux alentours de 11 heures, s’est poursuivie pendant plus de dix heures avant d’être suspendue. Les débats doivent reprendre ce mardi à 10 heures avec la suite de l’audition des témoins du ministère public.

Au fur et à mesure que les témoignages se succèdent, une réalité semble toutefois s’imposer : à ce stade du procès, les déclarations entendues au tribunal peinent encore à établir un lien direct entre Jean-Pierre Amougou Belinga et l’assassinat de Martinez Zogo.

La suite des audiences dira si de nouveaux éléments viendront consolider l’accusation ou, au contraire, renforcer l’idée que l’homme d’affaires se trouve finalement bien plus éloigné de cette affaire que ne le laissait penser l’opinion publique au départ.

Guy EKWALLA

 

Un soutien massif… mais fragilisé

 

Depuis le début de l’invasion russe, l’Union européenne a mobilisé plus de 190 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine. Aide macrofinancière, soutien budgétaire, assistance humanitaire, sanctions : l’UE s’est imposée comme le principal pilier financier de Kiev.

 

Pourtant, un nouveau point de tension est apparu. Le veto hongrois sur un prêt de 19 milliards d’euros, pourtant validé politiquement en décembre dernier, bloque temporairement le processus. À Bruxelles, la déception est assumée. La Commission européenne rappelle le principe de coopération loyale entre États membres et poursuit les discussions pour sortir de l’impasse.

 

Au-delà du montant, c’est la crédibilité de l’Union qui est en jeu. Garantir un financement stable et prévisible à l’Ukraine est un signal stratégique, autant vis-à-vis de Moscou que des partenaires internationaux.

 

L’Europe doit-elle s’imposer dans les négociations de paix ?

 

Autre sujet sensible : la place de l’Union dans les discussions sur un éventuel règlement du conflit. Les responsables européens défendent une ligne claire : une paix durable doit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, conformément à la Charte des Nations unies.

 

Mais en coulisses, une inquiétude persiste : l’Europe ne veut pas être reléguée au second plan. En tant que principal soutien financier et acteur directement concerné par la sécurité du continent, elle estime avoir un rôle légitime à la table des négociations.

 

Défendre la démocratie face aux ingérences

 

Dans ce contexte, la Commission européenne a officiellement lancé le Centre européen pour la résilience démocratique. Installé au sein de l’exécutif européen et en coordination étroite avec le Service européen pour l’action extérieure, il vise à mieux prévenir et détecter les ingérences, la manipulation de l’information et les tentatives de déstabilisation électorale.

 

Le centre ne se limite pas aux menaces extérieures. Les autorités européennes reconnaissent que les campagnes de désinformation peuvent aussi émerger au sein même de l’Union. L’objectif est donc double : protéger l’intégrité du débat public et restaurer la confiance des citoyens.

 

Une unité sous tension

 

Entre divisions internes, pressions géopolitiques et exigences démocratiques, l’Union européenne traverse un moment charnière. Les prochaines décisions sur le financement de l’Ukraine et sur son positionnement diplomatique diront si les Vingt-Sept parviennent à maintenir une ligne commune.

 

Dans un environnement international instable, la question n’est plus seulement de réagir aux crises, mais de démontrer que l’Europe peut agir avec cohérence, constance et autorité.

Guy Ekwalla

Wednesday, 25 February 2026 16:00

: L’Europe muscle sa défense démocratique

Face aux ingérences étrangères et aux campagnes de désinformation, l’Union européenne accélère. À Bruxelles, la Commission lance officiellement le Centre européen pour la résilience démocratique, pendant que les ministres préparent un Conseil européen sous tension, marqué par les divisions sur l’Ukraine et la compétitivité.

Les menaces ne sont plus théoriques. Attaques hybrides, manipulations de l’information, tentatives d’ingérence électorale : pour Bruxelles, les régimes autoritaires testent la solidité des démocraties européennes.

 

En réponse, la Commission européenne a lancé le Centre européen pour la résilience démocratique. Sa mission : coordonner les États membres, mutualiser l’expertise et mieux détecter les campagnes de désinformation. Objectif affiché : protéger les élections, renforcer la confiance des citoyens et éviter que les divisions ne fragilisent les sociétés européennes.

 

Concrètement, un manuel pour sécuriser les scrutins, un plan européen contre les interférences étrangères et une plateforme dédiée aux acteurs indépendants verront le jour dès 2026. L’enjeu est clair : passer de la réaction à l’anticipation.

 

Mais dans le même temps, les tensions persistent. À l’approche du Conseil européen, la question du soutien financier à l’Ukraine refait surface, notamment après le veto hongrois sur un prêt de 19 milliards d’euros. Un blocage qui met à l’épreuve l’unité des Vingt-Sept.

 

Entre résilience démocratique, sécurité énergétique et solidarité avec Kiev, l’Union joue sa crédibilité. Car défendre la démocratie, ce n’est pas seulement résister aux crises. C’est prouver qu’elle peut décider, ensemble, malgré les fractures.

 

Guy Ekwalla

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Le 17 février, à Bruxelles, le Conseil de l’Union européenne a décidé de prolonger d’un an le cadre de sanctions visant le Zimbabwe, dans le contexte des préoccupations persistantes liées aux droits de l’homme, à l’état de droit et à la gouvernance.

Ces mesures restrictives comprennent notamment un embargo sur les armes, qui demeure en vigueur. L’Union européenne maintient ainsi son interdiction d’exporter vers le Zimbabwe des équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression interne.

Toutefois, dans le cadre de la révision annuelle de son régime de sanctions, le Conseil a annoncé le retrait d’une entité de la liste des personnes et organisations ciblées. Cette décision s’inscrit dans la logique d’un ajustement régulier du dispositif, fondé sur l’évolution de la situation sur le terrain.

L’Union européenne affirme que ces sanctions sont ciblées et non dirigées contre la population zimbabwéenne, mais visent des individus et structures jugés responsables d’atteintes aux principes démocratiques.

Pour Bruxelles, la prolongation de ces mesures traduit la volonté de maintenir la pression diplomatique, tout en laissant ouverte la possibilité d’un dialogue constructif avec les autorités de Harare.

Le Zimbabwe, de son côté, dénonce régulièrement ces sanctions qu’il considère comme injustifiées et préjudiciables à son développement économique.

Guy Ekwalla, Bruxelles.

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Dans une décision à forte portée institutionnelle, la Cour suprême des États-Unis a invalidé l’essentiel des droits de douane instaurés sous l’administration Trump, estimant que l’exécutif avait outrepassé le cadre légal encadrant les pouvoirs présidentiels en matière commerciale. Cette décision constitue un tournant majeur dans le contentieux né de la guerre commerciale engagée à partir de 2018, notamment contre la Chine, mais aussi contre l’Union européenne, le Canada et le Mexique.

Un rappel des limites du pouvoir exécutif

Les droits de douane contestés reposaient principalement sur des dispositions invoquant la sécurité nationale et l’urgence économique. Or, la Cour a considéré que l’interprétation extensive de ces textes par l’exécutif ne respectait ni l’intention du Congrès ni le principe de séparation des pouvoirs. En substance, elle rappelle que la politique commerciale demeure une compétence partagée, dans laquelle le législateur conserve un rôle structurant.

Ce jugement renforce ainsi le contrôle juridictionnel sur les décisions économiques présidentielles, en limitant la capacité d’un chef de l’État à utiliser les instruments tarifaires comme levier politique sans validation parlementaire explicite.

Un impact économique immédiat

Sur le plan macroéconomique, l’invalidation des tarifs pourrait entraîner une baisse des coûts à l’importation, notamment pour les intrants industriels (acier, aluminium, composants électroniques). Les entreprises manufacturières américaines, pénalisées par la hausse des coûts intermédiaires, pourraient retrouver des marges accrues et une compétitivité améliorée.

À court terme, les marchés financiers ont interprété la décision comme un signal de stabilisation des relations commerciales internationales. Une réduction des tensions tarifaires favorise la prévisibilité des échanges, élément crucial pour l’investissement.

Cependant, certains secteurs protégés par ces droits de douane – en particulier la sidérurgie – pourraient subir une pression concurrentielle accrue, ravivant les débats sur la désindustrialisation et la souveraineté économique.

Les conséquences politiques pour les États-Unis et Donald Trump

Pour les États-Unis, cette décision marque un rééquilibrage institutionnel. Elle réaffirme la primauté du droit dans la gouvernance économique et limite la tentation d’un protectionnisme unilatéral fondé sur l’argument sécuritaire. À long terme, cela pourrait favoriser une approche plus multilatérale des différends commerciaux.

Pour Donald Trump, l’impact est double. Sur le plan politique, cette invalidation fragilise l’un des piliers de sa doctrine « America First », centrée sur l’usage offensif des tarifs douaniers comme instrument de négociation. Elle peut être perçue comme un revers symbolique, voire comme une remise en cause de son héritage économique.

En revanche, dans une logique électorale, cette décision pourrait aussi nourrir un discours critique à l’égard des institutions fédérales, consolidant une rhétorique anti-establishment auprès de sa base.

Au-delà du cas Trump, l’arrêt pose une question stratégique : jusqu’où un président américain peut-il aller dans l’usage des instruments commerciaux sans redéfinir l’équilibre des pouvoirs ? C’est désormais la jurisprudence qui en fixe les contours.

 
 Guy EKWALLA

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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