
Renvoyée devant la Chambre d’accusation, l’affaire Martinez Zogo connaît un nouveau rebondissement judiciaire majeur. Entre débats procéduraux, procès-verbal de libération controversé et auditions de témoins, le dossier interroge autant sur la solidité des charges que sur l’attente d’une opinion publique avide de vérité.
Le rôle stratégique de la Chambre d’accusation
Au Cameroun, la Chambre d’accusation — juridiction d’instruction du second degré — exerce un contrôle sur les ordonnances rendues par le juge d’instruction. Elle peut confirmer, infirmer ou réformer les décisions prises en première instance, notamment en matière de détention provisoire ou de renvoi devant une juridiction de jugement.
Dans le dossier relatif à l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, le renvoi de l’affaire devant la Chambre d'accusation de la Cour d'appel du Centre marque donc une phase cruciale. Son examen pourrait avoir un impact direct sur la suite de la procédure devant le Tribunal militaire de Yaoundé, juridiction actuellement saisie en raison de la nature des infractions poursuivies.
La Chambre d’accusation ne juge pas le fond de l’affaire ; elle apprécie la régularité de la procédure et la pertinence des charges. Sa décision peut ainsi renforcer ou fragiliser l’architecture juridique du dossier.
Le procès-verbal de libération signé par Maître Sikati II
Au cœur des débats figure le procès-verbal de libération de Jean Pierre Amougou Belinga, signé par le juge d’instruction Maître Sikati II. Ce document, ordonnant sa remise en liberté à un moment clé de l’enquête, est aujourd’hui scruté pour sa portée juridique et ses implications procédurales.
Pour les conseils de l’homme d’affaires, cet acte constitue un élément fort démontrant que les charges initialement avancées n’étaient pas suffisamment consolidées. Ses détracteurs, en revanche, y voient un épisode parmi d’autres dans une procédure encore en évolution.
La Chambre d’accusation devra déterminer si les actes posés par le juge d’instruction respectent strictement les règles du Code de procédure pénale, et si les éléments réunis justifient la poursuite des charges.
Les 21 témoins entendus : une absence d’implication directe évoquée
À ce stade, 21 témoins ont été auditionnés dans le cadre de l’information judiciaire. Selon les éléments relayés par la défense, aucun de ces témoignages ne ferait état d’une implication directe de Jean Pierre Amougou Belinga dans les faits criminels reprochés.
Dans une procédure pénale, la valeur probatoire des témoignages repose sur leur cohérence, leur concordance et leur crédibilité. L’absence d’allusion explicite à une responsabilité directe constitue, pour la défense, un argument central dans la contestation des charges.
Toutefois, l’appréciation définitive de ces éléments appartient aux juridictions compétentes, qui évaluent l’ensemble du dossier, y compris les expertises techniques et les autres pièces de procédure.
Une image publique fondée sur l’action sociale
Au-delà du cadre strictement judiciaire, Jean Pierre Amougou Belinga demeure une figure influente, notamment auprès d’une frange de la jeunesse camerounaise. Son engagement dans des actions sociales, son soutien à certains projets entrepreneuriaux et médiatiques ainsi que son discours en faveur de la promotion des jeunes talents ont contribué à façonner une image de mécène et de promoteur d’opportunités.
Cette dimension sociale alimente aujourd’hui un soutien perceptible, tant à l’intérieur du pays que dans la diaspora. De nombreux jeunes Camerounais déclarent attendre avec impatience la décision de la Chambre d’accusation, espérant qu’elle apportera des clarifications définitives.
La volonté affichée de se soumettre à la justice
Depuis le déclenchement de l’affaire, Jean Pierre Amougou Belinga a publiquement exprimé sa volonté de se soumettre aux procédures judiciaires afin que la vérité soit établie. Cette posture s’inscrit dans une stratégie de défense visant à démontrer sa disponibilité et son attachement au respect des institutions.
Dans un contexte où l’affaire Martinez Zogo a profondément marqué l’opinion publique, la recherche de vérité demeure l’enjeu central. La décision à venir de la Chambre d’accusation ne constituera pas un verdict définitif sur le fond, mais elle pourrait orienter de manière décisive la suite du processus judiciaire.
À l’heure où les regards sont tournés vers cette juridiction, c’est toute la crédibilité de la procédure préliminaire menée par le juge Sikati II qui se trouve indirectement évaluée. Entre exigences procédurales et attentes sociétales, l’affaire entre dans une phase où chaque décision comptera.
Guy Ekwalla







