
La finale de la 35ᵉ Coupe d’Afrique des nations, disputée au Maroc entre le pays hôte et le Sénégal, et remportée par les Lions de la Teranga sur le score de 1 but à 0, a constitué l’aboutissement sportif d’une compétition à haute valeur politique. Au-delà du résultat, cette CAN s’inscrit dans une stratégie diplomatique assumée, où le football devient un instrument central de projection d’influence, de légitimation institutionnelle et de leadership continental.
Le Maroc et la CAN : une vitrine diplomatique stratégique
Pour le Maroc, l’organisation de la CAN dépasse largement le cadre sportif. Elle s’inscrit dans une politique cohérente de diplomatie d’influence reposant sur trois piliers : infrastructures modernes, crédibilité organisationnelle et capacité à fédérer le continent. Après le retour du Royaume au sein de l’Union africaine et sa candidature à l’organisation de grandes compétitions mondiales, la CAN constitue une démonstration de puissance douce, destinée à renforcer son positionnement comme acteur incontournable du sport africain.
En accueillant les délégations, les dirigeants politiques et les instances sportives, Rabat transforme la CAN en plateforme diplomatique informelle, où se nouent alliances, soutiens et rapports de force, notamment au sein de la CAF.
La CAF au cœur des équilibres politiques africains
La Confédération africaine de football n’est plus seulement une instance sportive. Elle est devenue un espace de négociation politique, où s’expriment les rivalités régionales, les influences étatiques et les ambitions personnelles. La gestion arbitrale de la compétition, notamment l’usage de la VAR, a révélé les tensions persistantes autour de la neutralité institutionnelle et de la confiance des États membres.
Les incidents liés au matériel des gardiens de but du Congo et du Sénégal, survenus lors de rencontres distinctes, ont alimenté un sentiment de désorganisation et de fragilité logistique, parfois instrumentalisé dans les discours politiques pour dénoncer des traitements jugés inéquitables. Ces épisodes, bien que ponctuels, ont nourri une perception d’asymétrie dans la gestion des équipes, perception particulièrement sensible dans un contexte où chaque détail est interprété à travers le prisme du rapport de force.
La finale Maroc–Sénégal : symbole d’un leadership sportif disputé
La confrontation entre le Maroc et le Sénégal en finale n’était pas seulement sportive. Elle opposait deux modèles d’influence. D’un côté, le Maroc, hôte, misant sur l’organisation, les infrastructures et la diplomatie sportive. De l’autre, le Sénégal, champion en titre et incarnation d’un football africain performant sur la scène mondiale, fort de ses succès internationaux et de sa crédibilité sportive.
La victoire sénégalaise, acquise sur la plus petite des marges, a renforcé le statut du Sénégal comme puissance sportive africaine, tout en rappelant que le soft power ne se décrète pas uniquement par l’accueil des événements, mais aussi par les résultats sur le terrain.
Enjeux géopolitiques et crédibilité du football africain
Dans un contexte international marqué par la concurrence entre continents pour l’influence sportive, la CAN est devenue un marqueur de crédibilité. Chaque controverse arbitrale, chaque dysfonctionnement organisationnel affaiblit la capacité de l’Afrique à parler d’une seule voix dans les instances mondiales comme la FIFA.
Pour le Maroc, l’enjeu est désormais de transformer l’essai : faire de cette CAN un argument en faveur d’une gouvernance sportive africaine modernisée et crédible. Pour la CAF, il s’agit de restaurer la confiance des États et des joueurs, condition indispensable pour que le football demeure un levier de cohésion plutôt qu’un facteur de fragmentation.
La CAN 2025 au Maroc illustre parfaitement l’évolution du football africain vers un espace de diplomatie active. Entre ambitions nationales, équilibres institutionnels et quête de légitimité internationale, la compétition révèle que le ballon rond est désormais un outil stratégique. À défaut d’une gouvernance irréprochable, le soft power africain risque cependant de se heurter à ses propres contradictions.
Guy EKWALLA







