Du 15 au 18 avril 2026, le Cameroun a vécu au rythme de la première visite africaine de Léon XIV. Devant des foules immenses, à Yaoundé, à Bamenda puis à Douala, le pape américain a mêlé la douceur de l’évangile à la fermeté de la parole prophétique. Il a appelé à briser les chaînes de la corruption, élevé les femmes et les jeunes comme piliers de la paix, et fustigé « une poignée de tyrans » qui ravagent le monde. Retour sur un voyage apostolique qui a marqué les esprits et réveillé les consciences.
Une arrivée sous le signe de l’espérance
Mercredi 15 avril, l’avion papal se pose à l’aéroport de Yaoundé‑Nsimalen. Dès sa descente, Léon XIV est accueilli par une foule en liesse, des chants, des danses et le son des vuvuzelas. « C’est avec une joie immense que je vous accueille, à l’occasion de cette visite historique », lui lance le président Paul Biya, doyen mondial des chefs d’État. Mais le ton est donné dès la première prise de parole au Palais de l’Unité : le pape ne vient pas seulement pour une cérémonie protocolaire.
Devant les autorités, la société civile et le corps diplomatique, Léon XIV exhorte le gouvernement à « briser les chaînes de la corruption » et à « résister aux caprices des riches et des puissants ». Il insiste sur la nécessité d’intégrer les femmes, les jeunes et la société civile dans les processus de décision. « Leur voix doit être pleinement reconnue dans les processus décisionnels », martèle‑t‑il, qualifiant les femmes de « bâtisseuses infatigables de paix ». Quant aux jeunes, il les décrit comme « l’espérance du Cameroun et de l’Église ».
Bamenda : au cœur de la souffrance, un cri pour la paix
Le jeudi 16 avril, la visite prend un tour plus dramatique. Léon XIV se rend à Bamenda, épicentre du conflit séparatiste anglophone qui a déjà fait plus de 6 000 morts et des centaines de milliers de déplacés. Dans la cathédrale Saint‑Joseph, bondée, le pape abandonne sa retenue habituelle.
« Les maîtres de la guerre prétendent ne pas savoir qu’il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas à reconstruire », lance‑t‑il, sous les acclamations. Puis, d’une voix plus grave : « Je déplore un monde ravagé par les maîtres de la guerre et par une poignée de tyrans ». Il dénonce ceux qui « dépouillent votre terre de ses ressources » pour investir dans les armes, perpétuant « une spirale de déstabilisation et de mort sans fin ».
Mais le souverain pontife ne s’arrête pas là. Il fustige l’instrumentalisation de la religion : « Malheur à ceux qui manipulent la religion et jusqu’au nom même de Dieu pour leur propre profit militaire, économique et politique, entraînant ce qui est sacré dans l’obscurité et la souillure ». Et d’ajouter : « C’est un monde sens dessus dessous, une exploitation de la création de Dieu qui doit être dénoncée et rejetée par toute conscience honnête ».
Douala : une messe géante pour la réconciliation
Le vendredi 17 avril, c’est Douala, la capitale économique, qui accueille le pape. Plus d’un million de fidèles sont attendus sur l’esplanade du stade Japoma. Devant cette marée humaine, Léon XIV célèbre une messe en plein air placée sous le signe de la paix et de la réconciliation. Il exhorte les Camerounais à « mettre un effort dans la réconciliation » et appelle au respect des droits humains, rappelant que « la force doit servir la paix et la réconciliation, non brimer les populations ».
Dans son homélie, le pape s’adresse particulièrement aux jeunes, les exhortant à refuser « toutes formes d’abus et de violences » et leur donnant en exemple le bienheureux Floribert du Congo, mort pour avoir refusé la corruption. Il leur confie l’avenir du pays, les appelant à devenir des artisans de paix.
Un bilan de paix et d’espérance
Le samedi 18 avril, avant de s’envoler pour l’Angola, Léon XIV livre un premier bilan de sa visite. À bord de l’avion, il confie aux journalistes : « La visite au Cameroun a été très significative car, à bien des égards, ce pays représente le cœur de l’Afrique ». Il se réjouit de la vitalité de l’Église locale et de la rencontre « très positive » avec des imams à Yaoundé, gage d’un dialogue interreligieux constructif.
Il tient aussi à clarifier ses prises de parole : « Il ne faut pas les interpréter comme une volonté de débattre à nouveau avec le président » américain, précise‑t‑il, rappelant que ses discours avaient été préparés bien avant les polémiques. Sa mission, insiste‑t‑il, est « avant tout pastorale » : encourager les fidèles, célébrer avec eux, et promouvoir la paix.
Une visite qui laisse des traces
Au terme de ces quatre jours, le Cameroun garde l’empreinte d’un pape qui n’a pas eu peur de parler vrai. De Yaoundé à Bamenda en passant par Douala, Léon XIV a su allier la tendresse du pasteur à la vigueur du prophète. Il a rappelé que la paix « ne doit pas être réduite à un slogan », qu’elle se construit par la justice, la transparence et l’inclusion. Et il a confié à la jeunesse et aux femmes, « bâtisseuses infatigables de paix », le soin de bâtir l’avenir.
Comme le résume une fidèle croisée à l’aéroport de Yaoundé : « Après sa visite, nous croyons que tout ira bien au Cameroun ». Un espoir que les paroles et l’engagement du pape Léon XIV ont contribué à faire germer.
Guy EKWALLA







