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L’engrenage iranien : pourquoi une invasion terrestre serait une erreur historique

L’engrenage iranien : pourquoi une invasion terrestre serait une erreur historique

L’administration Trump envisage d’envoyer des soldats en Iran, ravivant le spectre des enfers militaires américains. Entre le Vietnam, Mogadiscio et la réalité d’une puissance iranienne dégradée mais résiliente, l’option terrestre pourrait se révéler suicidaire. Pourtant, alors que Téhéran sort affaibli du conflit, une fenêtre de tir inespérée s’ouvre pour lui : celle de l’arme nucléaire et de la conquête du leadership régional.

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Le poids de l’histoire : une supériorité relative

La question de la supériorité militaire américaine est moins une réalité absolue qu’une question de contexte. Si les États-Unis dominent les airs et les mers, l’histoire démontre leur fragilité lors d’engagements terrestres asymétriques. Les souvenirs de la défaite stratégique au Vietnam et de l’humiliation à Mogadiscio en 1993 hantent encore l’état-major.

Donald Trump, qui justifie son offensive par une logique de coercition, semble ignorer que le sol iranien n’a rien à voir avec les théâtres d’opérations précédents. Comme le souligne un récent rapport, le régime iranien, bien que « largement dégradé », reste « intact » selon les conclusions de la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard . Contrairement à l’Irak de 2003, l’Iran possède une profondeur stratégique, une population nationaliste et une doctrine militaire pensée pour survivre à un découpage du commandement, qualifiée de « défense en mosaïque » .

Puissance iranienne : estimation d’un colosse affaibli

À ce stade du conflit, il est essentiel d’évaluer la puissance militaire iranienne sans fétichisme ni mépris. Avant la guerre, l’Iran disposait de l’arsenal balistique le plus diversifié du Moyen-Orient, avec entre 2 500 et 6 000 missiles selon les estimations .

Cependant, l’opération « Midnight Hammer » en juin 2025 et les frappes continues depuis février 2026 ont considérablement réduit cette capacité :

· Capacités nucléaires : Les installations souterraines ont été « oblitérées » et les entrées scellées. Selon les services de renseignement américains, « il n’y a eu aucun effort depuis pour reconstruire leur capacité d’enrichissement » .
· Production de missiles : La capacité de production, estimée à 300 missiles par mois avant-guerre, pourrait être tombée à une quarantaine, selon des experts de l’Atlantic Council .
· Commandement : Le régime a subi une décapitation avec la mort du Guide suprême, mais les structures de commandement décentralisées restent opérationnelles .

Néanmoins, l’Iran conserve des atouts majeurs. Il peut encore déployer des drones kamikazes et des missiles courte portée. Surtout, il contrôle le détroit d’Ormuz, où il a réussi à entraver la navigation, provoquant une flambée des prix du pétrole . Sa stratégie actuelle est celle d’une « guerre d’équilibre » : imposer un coût suffisant à la coalition pour restaurer sa dissuasion .

Le facteur humain et géopolitique : un piège pour les troupes au sol

L’idée d’envahir Kharg Island, le terminal pétrolier vital de l’Iran, pour rétablir le passage des détroits, circule dans les cercles du Pentagone . Pourtant, les experts sont unanimes : sans prise de contrôle terrestre du littoral, les frappes aériennes ne suffiront pas à sécuriser la zone.

L’envoi de renforts est déjà en cours. Plus de 2 500 Marines de la 11e unité expéditionnaire (MEU) sont en route, s’ajoutant aux 1 000 soldats de la 82e division aéroportée . Washington prépare le terrain pour une « force de contingence ».

Cependant, le contexte politique américain est défavorable. Un sondage récent indique que 59 % des Américains désapprouvent l’action militaire contre l’Iran, et seulement 7 % soutiennent l’envoi de troupes au sol . Engager une guerre terrestre longue dans un pays montagneux et hostile, sans soutien populaire interne, serait un pari risqué. Comme le notait récemment un analyste, même si l’armée américaine « détruit » les capacités, un seul missile ou drone ayant échappé aux frappes peut « causer des ravages » .

Conclusion : La fenêtre de tir nucléaire iranienne

Si l’intervention terrestre est une menace existentielle pour le régime actuel, l’issue du conflit pourrait paradoxalement offrir à Téhéran une occasion inespérée de transformation stratégique.

Projection sur la fin de la guerre :
L’administration Trump affiche un flou stratégique. Entre l’objectif affiché de « destruction des capacités » et les déclarations changeantes sur le « changement de régime », la confusion règne . Cependant, si le régime survit à cette phase de décapitation militaire — comme il semble bien parti pour le faire — la donne changera radicalement.

L’Iran, désormais libéré de ses engagements internationaux et ayant vu ses installations conventionnelles détruites, n’aura plus de contrepoids. Selon les analystes de l’IDSA, un « régime hostile survivant » cherchera à reconstruire ses forces sur plusieurs années . Mais surtout, avec la destruction de ses capacités d’enrichissement connues, l’Iran pourrait estimer que seule l’acquisition rapide de l’arme nucléaire peut garantir sa survie.

En l’absence d’un accord diplomatique contraignant — alors que les Européens ont rétabli les sanctions —, l’Iran bénéficiera du déni plausible. Il pourra se lancer dans un programme de reconstruction militaire massive et, plus crucial encore, accélérer discrètement vers l’arme atomique. Cela lui permettrait non seulement de restaurer la dissuasion face à Washington, mais aussi de prendre définitivement le leadership du Moyen-Orient. Affaibli aujourd’hui, mais demain doté de l’ultime garantie sécuritaire, Téhéran pourrait imposer sa loi à des voisins du Golfe épuisés par l’instabilité et à un Israël désormais confronté à une menace nucléaire iranienne irréversible.

Guy EKWALLA

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